15 avril 2026
Solvay : pas encore de reprise en vue
Article par Gert De Mesure
Les résultats annuels de Solvay confirment la tendance observée depuis un certain temps : la faiblesse de la demande finale sur plusieurs marchés, combinée à une concurrence soutenue, pèse sur les performances. Le chiffre d’affaires a ainsi reculé de 9 % en 2025 (-6,5 % en organique), principalement en raison de volumes en baisse (-4,5 %). Cette contraction du chiffre d’affaires entraîne une diminution de l’EBITDA sous-jacent de 16,3 %, à 881 millions d’euros.
Avec ce résultat, Solvay atteint le bas de la fourchette de 880 à 930 millions d’euros qu’il avait fixée, fourchette qui avait déjà été revue à la baisse par rapport à l’objectif initial de 1 à 1,1 milliard. Sans les revenus exceptionnels tirés de la vente de droits d’émission de CO₂ — qui ont eu un impact positif de 40 millions d’euros sur l’EBITDA — le résultat aurait été encore plus faible. Ces ventes constituent en quelque sorte un mal pour un bien : en produisant moins que prévu, Solvay a besoin de moins de quotas d’émission et peut donc en céder une partie. Si la demande ne se redresse pas, le groupe pourrait à nouveau vendre des droits en 2026.
Soda Ash
Le soda ash, ou carbonate de sodium — principale activité de Solvay — reste confronté à une forte concurrence des producteurs chinois. Ceux-ci disposent d’un excédent de production qu’ils écoulent sur les marchés internationaux à bas prix, ce qui exerce une pression à la fois sur les revenus et sur les marges de Solvay. Depuis 2023, les prix sur les marchés d’exportation ont ainsi chuté en moyenne des deux tiers.
Certains producteurs chinois vendent désormais à perte, ce qui laisserait supposer, de manière rationnelle, une réduction de la production et donc une diminution des surcapacités. Or, cela ne se produit pas pour l’instant. Il semble s’agir davantage d’un choix politique de continuer à produire en Chine, ce qui rend l’évolution future difficile à anticiper.
Coatis
Dans les adhésifs de Coatis, principalement produits au Brésil, les droits d’importation élevés aux États-Unis pèsent lourdement sur les résultats. Les clients brésiliens de Solvay, qui exportent principalement vers les États-Unis, réduisent actuellement leur production, ce qui a entraîné une baisse de 26 % du chiffre d’affaires de Coatis l’an dernier.
2026
À ce stade, aucune amélioration significative n’est attendue cette année : les conditions de marché du soda ash restent difficiles. Une embellie pourrait intervenir chez Coatis, après que la Cour suprême américaine a jugé les droits d’importation illégaux, même si le président semble déterminé à les réintroduire sous une autre forme.
L’usine de métaux de La Rochelle pourrait constituer un relais de croissance à l’avenir, mais Solvay précise qu’elle n’augmentera ses capacités que si des contrats d’enlèvement sont conclus pour cette production supplémentaire. À court terme, aucune expansion majeure n’est donc attendue. L’ensemble se traduit par une prévision d’EBITDA comprise entre 770 et 850 millions d’euros, soit une nouvelle baisse de 4 à 13 %.
Dividende
Les investisseurs peuvent encore s’appuyer sur le dividende élevé de 2,43 € par action, qui reste stable cette année. En 2026, le free cash-flow reculera toutefois de 350 millions à « au moins 200 millions d’euros », en raison de 90 millions d’euros de coûts de transformation (notamment liés à la mise en place d’un système ERP). Cet impact est temporaire, mais il implique que le dividende (environ 254 millions d’euros) ne sera plus couvert par les flux de trésorerie. L’endettement devrait donc augmenter. Cela ne pose pas de problème à ce stade, avec une dette nette équivalente à 1,8 fois l’EBITDA, mais l’évolution du free cash-flow devra être suivie de près : recourir à l’endettement pour financer un dividende doit rester exceptionnel.
A propos de Solvay
Le groupe chimique Solvay a été fondé en 1863, lorsque Ernest Solvay a mis au point un nouveau procédé de production de soda ash, ou carbonate de sodium. Au fil des années, l’entreprise a connu plusieurs transformations, dont la plus marquante est la scission en deux entités fin 2024. Le Solvay actuel est désormais principalement actif dans la chimie de base, à travers deux divisions — Basic Chemicals et Performance Chemicals — et emploie 9.000 personnes réparties dans 44 pays.
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