10 octobre 2026

EnergyVision : rien que de la croissance

EnergyVision : rien que de la croissance

L’analyste de la VFB, Gert De Mesure, analyse EnergyVision, l’une des rares entreprises de croissance cotées à la Bourse de Bruxelles. « La valorisation semble élevée, mais si le bénéfice peut doubler d’ici à la mi-2028, elle apparaît nettement plus favorable. »

Il est encore un peu tôt pour affirmer qu’EnergyVision est déjà la valeur de croissance par excellence d’Euronext Bruxelles, mais l’entreprise est indéniablement en croissance. Ainsi, son chiffre d’affaires a progressé de 57,1 % pour atteindre 98,1 millions d’euros au premier semestre 2026. Le fait que certaines activités partent d’une base faible contribue naturellement à gonfler le taux de croissance.

L’EBITDA (+ 47,4 %) et le résultat net (+ 54,9 %) suivent également cette trajectoire de croissance. La marge d’EBITDA diminue toutefois, en raison de la composition du chiffre d’affaires (voir plus loin). Le résultat financier s’est dégradé sous l’effet de l’augmentation de la dette financière nette. Celle-ci est passée de 71 millions d’euros après l’introduction en Bourse et l’augmentation de capital correspondante début juillet 2025 à 110,5 millions d’euros fin juin 2026. Le ratio dette/EBITDA s’établit ainsi à un niveau confortable de 2,4.

Le bénéfice par action a progressé de 54,9 %, comme le résultat net, pour atteindre 0,11 euro. Pour le second semestre, la direction prévoit un EBITDA sous-jacent plus élevé. Pour 2027, elle table sur une croissance d’au moins 40 % de l’EBITDA sous-jacent, grâce au caractère récurrent de certains revenus.

Pour interpréter correctement ces chiffres, revenons sur les quatre segments d’activité et ce que recouvre chacun d’eux :

  • Asset-based Energy (ABE) : production d’électricité à partir de ses propres panneaux solaires et, plus récemment, de ses propres éoliennes.
  • Asset-based Mobility (ABM) : exploitation de bornes de recharge et vente de cartes de recharge, permettant notamment de commercialiser l’électricité produite par l’entreprise.
  • Non-asset-based Energy (NABE) : vente de gaz et d’électricité. Le gaz est acheté auprès de tiers, tandis que l’électricité commercialisée provient principalement de la production propre de l’entreprise.
  • EPC : installation de panneaux solaires en Belgique, en Chine et au Maroc. Cette activité n’étant plus stratégique, son chiffre d’affaires et, par conséquent, son EBITDA diminuent progressivement.

Dans le segment ABE, la production d’électricité est passée de 47,4 GWh au premier semestre 2025 à 100 GWh au second semestre. Pour les panneaux solaires, la production a progressé de 43 % pour atteindre 67,7 GWh. Les éoliennes ne faisaient pas encore partie du mix de production au premier semestre 2025, mais leur production a atteint 32,3 GWh au cours de l’année écoulée.

La capacité de production solaire est passée de 102,6 MWp fin juin 2025 à 154,9 MWp fin juin 2026. Pour l’éolien, elle est passée de zéro fin juin 2025 à 4 MW fin 2025, puis à 37,4 MW fin juin 2026.

Le chiffre d’affaires du segment ABE a progressé de 45,9 % pour atteindre 16,2 millions d’euros. L’EBITDA, en hausse de 43,5 %, s’est élevé à 15,5 millions d’euros, soit près de 70 % de l’EBITDA total du groupe.

Dans le segment ABM, le chiffre d’affaires a progressé de 66,7 %, la base de départ étant également plus faible. L’EBITDA a atteint 2 millions d’euros, enregistrant la même croissance de 66,7 % que le chiffre d’affaires. Le nombre de points de recharge est passé de 2 569 fin juin 2025 à 4 120 fin juin 2026.

Le segment NABE a enregistré la croissance la plus forte. Il s’agit d’un marché de volume caractérisé par de faibles marges. Grâce à ses initiatives commerciales et au développement de ses achats groupés, EnergyVision est passé du neuvième au sixième rang des fournisseurs d’énergie résidentielle en Flandre. L’élargissement de sa clientèle en 2026 lui donne déjà une bonne visibilité sur une contribution significative de ce segment aux bénéfices en 2027.

Le segment EPC n’est plus véritablement stratégique, ce qui entraîne une baisse régulière de son chiffre d’affaires.

EnergyVision est donc une entreprise de croissance attrayante, et son action présente un intérêt similaire. Mais lui attribuer une juste valeur aujourd’hui n’a rien d’évident. Un modèle d’actualisation des flux de trésorerie (DCF) reposant sur des hypothèses de croissance ambitieuses peut aboutir à des résultats très différents, mais l’exercice reste très subjectif.

Sur la base des estimations de bénéfices des analystes financiers pour 2027, l’action se négocie à un ratio cours/bénéfice de 33,7, tandis que son ratio valeur d’entreprise/EBITDA (EV/EBITDA) pour la même année atteint 16,2. Ces multiples semblent élevés, mais si le bénéfice peut doubler d’ici à la mi-2028, la valorisation actuelle apparaît nettement plus favorable. Nous ne doutons pas que l’entreprise y parviendra.

À titre indicatif, les prévisions pour 2027 reposent sur un EBITDA attendu de 75 millions d’euros et un bénéfice par action de 0,50 euro. Le résultat net suit également la trajectoire de croissance. 


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