15 avril 2026

Engie : une action sous haute tension

Nous ne sommes pas analystes techniques, mais si l’on observe le graphique boursier d’Engie sur dix ans, on constate que le seuil des 15 euros a constitué pendant plusieurs années une forte résistance. En 2024, le titre a longtemps évolué autour de ce niveau, avant que les 15 euros ne deviennent même un solide support. Début 2025, la cassure haussière s’est produite, entraînant un doublement du cours.

Une telle évolution ne peut se produire qu’en présence d’une valorisation faible, un élément sur lequel nous avons constamment insisté ces dernières années. Par ailleurs, Engie semble progressivement récolter les fruits de ses investissements massifs dans les réseaux énergétiques et les énergies alternatives, un point que nous avons également régulièrement souligné.

Un nouvel élément est toutefois apparu au cours de l’année écoulée : la forte demande d’électricité émanant des centres de données américains. Dans son rapport annuel, Engie consacre un paragraphe à cette problématique et présente plusieurs initiatives — projets de batteries et investissements dans les énergies alternatives — visant à fournir cette électricité. Dans le même ordre d’idées, nous constatons que le cours d’Engie a suivi une évolution similaire à celle de producteurs américains d’électricité tels que NextEra Energy et American Electric Power.

Passons aux résultats. Ceux-ci restent malheureusement difficiles à comparer et à interpréter d’une année à l’autre, en raison des modifications régulières dans la composition du groupe, de l’enregistrement de coûts exceptionnels de restructuration ainsi que de revenus exceptionnels liés notamment aux activités de trading. Un élément demeurait cependant constant : les investissements soutenus du groupe dans les énergies alternatives et les domaines connexes. Ceux-ci devaient tôt ou tard se refléter dans les chiffres.

Les résultats de 2025 en ont partiellement apporté la confirmation. L’EBITDA a reculé de 0,9 milliard d’euros (-5,8 %) pour s’établir à 14,7 milliards d’euros, tandis que l’EBIT a atteint 9,5 milliards d’euros (-8,4 %). Le bénéfice récurrent par action a diminué de 12,5 % à 1,96 euro. Le dividende brut a été fixé à 1,35 euro.

L’examen des résultats par segment montre que le segment des énergies renouvelables a enregistré une hausse de l’EBIT, soit du résultat opérationnel. Le segment de la production au gaz (centrales électriques au gaz) a vu son EBIT reculer en raison de marges plus faibles et d’une base de comparaison élevée en 2024. Le segment des infrastructures de réseau a bénéficié de tarifs plus élevés en France, au Brésil et au Mexique, ainsi que de la mise en service de lignes électriques au Brésil. Le segment Offre et gestion de l’énergie a enregistré un EBIT plus faible, en raison d’éléments exceptionnellement favorables comptabilisés en 2024 et d’une normalisation des conditions de marché. Il s’agit clairement de l’un des segments les plus volatils. Aucun détail n’était disponible concernant le segment « Autres » (qui affiche une perte de 714 millions d’euros).

Le dernier segment, consacré au nucléaire, comprend les centrales nucléaires belges. Sa contribution au bénéfice a été réduite de plus de moitié à la suite de la fermeture des centrales de Doel 1 et 2 ainsi que de Tihange 1, et de l’arrêt temporaire de Tihange 3 et Doel 4. Cette baisse de contribution pèse lourdement sur le résultat opérationnel global d’Engie, cela ne fait aucun doute. Et à l’avenir, cette contribution devrait encore diminuer. Nous notons qu’Engie publie depuis quelque temps déjà un résultat excluant la contribution des centrales nucléaires belges : l’énergie nucléaire n’est manifestement plus considérée comme une activité stratégique.

Les résultats de 2025 ne sont certes pas encore à la hauteur des attentes, mais l’évolution reste encourageante. D’importants montants continuent d’être investis dans le renforcement des activités principales. Ainsi, Engie a encore annoncé cette année de nouveaux investissements dans des parcs de batteries. Le groupe dispose déjà d’une capacité installée de 700 MW et a acquis en Espagne deux projets représentant une capacité totale de 278 MW. En France, il a lancé un premier projet de 110 MW. Au Brésil, il a obtenu de nouvelles concessions pour des réseaux électriques.

Le groupe a toutefois réalisé son opération la plus importante début mars au Royaume-Uni avec l’acquisition d’UK Power Networks, détenu par des groupes financiers de Hong Kong. Engie a déboursé 10 milliards de livres sterling (12 milliards d’euros). Afin de financer cette transaction, le groupe a procédé à une augmentation de capital de 3 milliards d’euros au prix de 28 euros par action. Il prévoit également de céder pour 4 milliards d’euros d’actifs en Europe.

En 2025, Engie a investi 7,9 milliards d’euros. Une partie de ce montant a été consacrée au développement du segment des énergies alternatives et du stockage par batteries. Une capacité supplémentaire de 6,2 GW a été ajoutée dans le monde, portant la capacité totale à 57,2 GW fin 2025. Pour les prochaines années, le groupe dispose de 90 projets en cours représentant une capacité totale de 7,9 GW.

Pour la période 2026-2028, Engie prévoit un budget d’investissement compris entre 34 et 38 milliards d’euros, dont 44 % seront consacrés aux énergies alternatives et au stockage par batteries, tandis que 45 % iront aux infrastructures et aux réseaux énergétiques. Pour 2026, le groupe tablait initialement sur un bénéfice récurrent compris entre 4,6 et 5,2 milliards d’euros, soit entre 1,80 et 2,05 euro par action ; pour 2027, entre 4,9 et 5,5 milliards d’euros (1,92 à 2,16 euros par action) ; et pour 2028, entre 5,2 et 5,8 milliards d’euros (2,04 à 2,28 euros par action). L’augmentation de capital récemment réalisée implique toutefois une légère dilution du bénéfice par rapport à ces estimations.

Sur la base du consensus des analystes pour 2027, Engie se négocie sur un ratio cours/bénéfice de 14,6. Après la forte hausse du titre au cours des douze derniers mois, nous estimons que le marché pourrait désormais entrer dans une phase de consolidation.

 Gert De Mesure, rédaction du 14 avril 2026, cours d’Engie : 28,8 euros

 

À propos d’Engie

Engie (anciennement GDF Suez) est un groupe international de services aux collectivités actif dans 70 pays répartis sur les cinq continents. Il opère dans la production et la commercialisation d’électricité, le transport et la vente de gaz naturel, ainsi que dans la fourniture de divers services techniques et énergétiques.

En 2025, 45 % du résultat opérationnel a été réalisé en France, 13 % au Brésil, 11 % en Belgique, 6 % aux États-Unis et 5 % au Chili. Grâce à l’acquisition récente d’UK Power Networks, la part de la France devrait tomber à 35 % d’ici 2028, tandis que le Royaume-Uni pourrait représenter 17 % du résultat opérationnel. La part de la Belgique reculerait à 7 % en raison de la diminution des activités nucléaires. L’État français détient 23,64 % du capital d’Engie.


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