24 avril 2026
Interview de M. Roger LECUT - Episode 2
Je me rappelle cette petite anecdote lors de mes premiers pas boursiers : Petit à petit, j’avais commencé à investir modestement. Disons que je faisais des expériences. J’ai tâté la Bourse de Paris en achetant « Société d’Eclairage de Paris ». Je me disais que l’électricité devenait indispensable et que son développement n’allait pas tarder. Mais, là encore, cet achat spontané m’a servi de leçon. On n’achète pas une valeur sans la connaître. C’est comme le dicton : On n’achète pas un chat dans un sac. Mon maigre investissement a de suite subi une cure d’amaigrissement. J’avais, sans le savoir, acheté une société qui s’occupait encore de l’allumage et de l’extinction des réverbères à Paris. Je pensais à la modernité et j’étais entré quasi sans le savoir, au moyen-âge. C’est alors que j’ai compris que l’analyse fondamentale était tout aussi importante, si pas plus, que l’analyse technique et qu’il fallait s’informer au préalable de la santé financière de l’entreprise susceptible de figurer dans mes achats.
L’achat suivant s’est dirigé vers l’action IBM car la banque venait d’acheter un gros ordi avec cartes perforées à l’époque. De plus, au grand magasin de l’Innovation, un ordinateur tissait des bas nylons au moyen de cartes perforées. Impressionnant à l’époque. Cela bouleversait la façon de travailler et aussi la façon de penser à l’avenir. J’avais donc bien réagi à l’info avec mon expérience « de visu et tactus ». En effet, la vente de cette action, après seulement une dizaine de mois, a remboursé mes pertes antérieures. Cela m’a conforté dans ma nouvelle ligne de conduite.
Au pays des charbonnages, de la sidérurgie et de la verrerie, j’ai ensuite acheté des « Glaces de Moustier » et réalisé un beau bénéfice. Je me suis énervé sur CBR (Cimenteries belges réunies) car le cours de bourse est resté horizontal durant près de trois années. J’ai ainsi appris que tout achat ne monte pas immédiatement. La Bourse, c’est aussi une bonne dose de patience et parfois d’irritation : on est rudement déçu intérieurement lorsque le choix ne semble pas porteur malgré une intuition porteuse.
Combien de fois, ai-je entendu « j’ai gagné beaucoup sur cette valeur » mais je n’ai que très rarement entendu « j’ai perdu beaucoup sur cette valeur. »
Il ne faut pas être entêté et surtout ne pas tomber amoureux d’une valeur. Briller avec des « on dit que » n’a jamais enrichi personne. Tout d’abord, le « ON » est vraiment impersonnel et n’est JAMAIS, une référence de confiance.
Bref, je me suis aguerri et ma vie de conseiller a pris pleinement de l’ampleur. J’ai appliqué la devise : S’informer, réfléchir et Agir.
Je me suis attardé aussi sur les swaps. Emprunter en dollars australiens et rembourser en dollars américains par exemple. Cela rapportait mais la durée du placement était limitée et c’était assez spéculatif. J’ai acheté des obligations convertibles japonaises AJINOMOTO donnant du 3.5 % d’intérêt. C’était une industrie agro-alimentaire et pharmaceutique. Peu après, je les ai revendues après les avoir converties en actions. Ce genre de placement était nouveau mais très recherché en bourse. A l’époque, J’ai multiplié mon capital investi par six : une super réussite. Cela m’avait appris l’utilité de telles émissions : les obligations dites convertibles peuvent se transformer en actions à diverses époques selon les statuts de l’émission.
Vu mon acquit boursier, je me suis retrouvé aux premières lignes lorsque de nouvelles lois promotionnelles pour l’actionnariat sont apparues. Elles visaient à encourager l'achat d'actions en incluant des incitants fiscaux sur l'intéressement du personnel et l'encouragement à la souscription d'actions de sociétés belges.
Ces mesures encourageaient l'investissement dans l'économie réelle. C’était une bonne chose pour mon employeur et aussi pour le flux nouveau de diffusion d’informations par les médias car de nouvelles revues boursières sont apparues. C’était un plus certain pour une meilleure interprétation des activités boursières et un grand pas en avant pour l’éducation financière de la jeunesse. Cette réforme historique, souvent appelée « Arrêtés COOREMAN-DE CLERCQ » restera liée à la promotion de l'actionnariat salarié car elle a encouragé grandement l'investissement dans les actions. « in fine », cela a redynamisé le marché boursier belge qui en avait tant besoin à l’époque.
Tout simplement, ces arrêtés permettaient aux particuliers de déduire de leurs revenus imposables une partie des sommes investies dans l'achat ou la souscription d'actions de sociétés belges. Ces nouvelles actions bénéficiaient d'une exonération de précompte mobilier sur les dividendes pendant une période déterminée. Ce grand pas en avant permettait de renforcer les fonds propres des entreprises nationales. Il orientait l'épargne des ménages vers l'économie réelle plutôt que vers des livrets d'épargne classiques à faible revenu.
Pour la parenthèse, il est important de noter que le paysage fiscal a hélas, évolué depuis dans le mauvais sens. Depuis le 1er janvier 2026, une taxe de 10 % sur les plus-values réalisées sur les actifs financiers (actions, ETF, cryptomonnaies) a été instaurée, avec une exonération pour les premiers 10 000 € de gains annuels. C’est toutefois une grosse erreur à mon avis. Cela a engendré immédiatement des difficultés collatérales. Les clubs d’investissement devront désormais apprendre la bourse avec des actifs fictifs. Si la loi est aussi appliquée sur les obligations achetées sous le pair (cela s’appelle la décote), cela représentera une taxe sur un boni inexistant car la différence de cotation représente un intérêt perçu indirectement. C’est la différence entre le taux réel de rendement à l’achat et le taux nominal au remboursement.
Dans les années 80, cela a porté grandement ses fruits. Mon rôle de conseiller est devenu une fonction à temps plein. Plus besoin de démarcher, les ouvertures de compte, le change, les chèques et les carnets se sont fait uniquement aux divers guichets. Je recevais dans un bureau et cela donnait confiance à la clientèle.
Cela aurait pu simplifier ma vie mais la bourse est comme un fauve qui s’acharne sur sa proie. Beaucoup de personnes et de nouveaux clients voulaient connaître les rouages de la bourse. Il y avait même des visites organisées dans le Palais de la Bourse à Bruxelles. Sous l’égide d’un agent de change liégeois, Monsieur WILEMAERS, des clubs d’investissement se sont créés par dizaine en Wallonie et une Fédération Belge des Clubs d’Investissement est née. Les Banques ont profité de l’aubaine et trouvé une nouvelle occasion d’augmenter leur clientèle. Elles ont prêté des locaux et organisé des réunions pour écoler et conseiller les nouveaux investisseurs avides de connaître cette science nouvelle.
C’est alors que la direction de ma banque au siège principal de Bruxelles m’a appelé pour créer divers clubs dans la région et cela, bien entendu, sous son égide. Les gérants d’agence ont été informés et il fallait tous se mettre dans le bain. Mais l’obstacle principal était la méconnaissance des pulsions boursières et franchement, il y avait du boulot.
J’ai donc reçu un ordinateur, pas un terminal, mais un PC comme on disait à l’époque. Je pouvais examiner et même créer divers graphiques sur les évolutions de milliers de valeurs boursières dans le monde entier grâce à un logiciel de graphiques qui était à l’époque la Rolls Roye des programmes boursiers. Le siège principal de la Banque donnait des informations fondamentales sur une grande partie de valeurs belges et étrangères. C’était un carcan de choix mais, au moins, nous avions une documentation élaborée.
Pris par le jeu et bénévolement, les réunions des clubs d’investissement avaient lieu le soir jusque bien tard. C’était un travail d’équipe. D’abord la constitution et le choix d’un nom. Mon premier club s’appelait « L’ABC boursier ». On cotisait chaque mois une somme déterminée. On achetait ou vendait au nombre de votes, un féru de comptabilité faisait le calcul du « point » de façon à ne léser personne dans les entrants et les sortants. Une camaraderie est née entre les participants et comme les banques voisines ont fait de même, les clubs d’investissement ont fait fureur dans la région.
Comme coordinateur, j’ai finalement eu la responsabilité d’une vingtaine de clubs et, heureusement, j’ai eu des aidants qui apprenaient tout en enseignant.
Au début, il y avait souvent des discussions car il y a toujours une ou deux personnes qui veulent piloter ou imposer leurs idées. Il y a donc eu un président, un secrétaire et un trésorier et cela s’est fait par vote. La démocratie a fonctionné les premiers temps. Toutefois, les ténors ont souvent réussi à s’imposer dans le choix parfois cornélien des actions proposées.
Des ingénieurs de l’usine ACEC ont commencé à faire des graphiques en dessinant à la main, l’évolution des valeurs suivies. Comme la Bourse, soutenue par un nouveau flux de liquidités, avait entamé un « trend » haussier, l’encouragement à poursuivre le travail était constant.
La demande d’ouvrir de nouveaux clubs était régulière et il a fallu sélectionner avec les possibilités offertes par la banque. Trouver un local, un orateur, un ordi, un dévoué pour la trésorerie, un secrétaire pour les convocations et un vice-président ou président connu dans la région. Il fallait enseigner la méthode des « points et figures » dite OXO pour des lots de valeurs distribuées séparément et suivies par chaque participant.
Il a fallu mettre ensuite des cotisations adaptées. Je me souviens du « Club des douze ». La part était de 200.000 FB à l’époque. Douze personnes aisées passaient la soirée à m’écouter. C’était bien mais rudement fatiguant.
La banque m’a demandé ensuite de faire un roadshow à travers la Wallonie et Bruxelles. Cela a grandement profité à mon savoir boursier. Nous manquions d’outils et il fallait pouvoir répondre aux questions et faciliter l’accès à la Bourse et surtout vulgariser les méthodes appliquées. Profiter des erreurs du passé et instruire le public. C’est relativement difficile car chaque région a ses propres mœurs et celles-ci sont marquées d’une façon indélébile dans la mentalité des habitants. J’ai donc joué sur l’appât du gain qui reste le moteur essentiel des personnes qui désirent investir et cela se confirme encore à notre époque.
C’est pourquoi, je ne manquerai pas de conter des anecdotes ou des « aventures » boursières qui profiteront à beaucoup de lecteurs.
Plus d'articles3 façons pour les investisseurs de récupérer de l’argent auprès du fisc
En tant qu’investisseur, il est possible de récupérer une partie de ses impôts grâce à plusieurs déductions fiscales via la déclaration d’impôts. Voici comment et où en profiter.
22 mai 2026
ROIC volet 2 : trois leçons pour les investisseurs de qualité
« Le ROIC n’est pas seulement une mesure de rentabilité : il constitue également une clé de compréhension plus profonde et joue un rôle majeur dans la valorisation des entreprises. »
22 mai 2026
De combien d’argent avez-vous besoin pour prendre votre retraite ? La règle des 4 % à la loupe
Toon Cuypers, coach financier chez FIREBelgium.com, porte un regard critique sur la règle empirique des 4 %. « Cette règle classique est trop limitée et peut être ajustée aussi bien à la hausse qu’à la baisse. »
22 mai 2026
Interview de M. Roger LECUT - Episode 3
À travers une série de trois épisodes, M. LECUT partage son expérience, ses apprentissages et ses convictions dans un témoignage aussi éclairant qu’inspirant. Voici le troisième et dernier épisode.
25 avril 2026
Interview de M. Roger LECUT - Episode 1
À travers une série de trois épisodes, M. LECUT partage son expérience, ses apprentissages et ses convictions dans un témoignage aussi éclairant qu’inspirant. Voici le premier épisode.
23 avril 2026
Interview de Maarten Michielssens, CEO d’EnergyVision.
Le climat géopolitique est particulièrement agité et les prix de l’énergie augmentent rapidement, mais EnergyVision semble bien armée pour y faire face.
15 avril 2026
ROIC : trois leçons pour les investisseurs de qualité
« Les entreprises affichant un ROIC élevé sont souvent, à tort, considérées par de nombreux investisseurs comme plus chères que leurs homologues comparables, mais moins efficientes. »
15 avril 2026
Les quatre meilleurs outils pour les investisseurs passifs
L'investissement passif dans les ETF et les fonds indiciels est l'un des moyens les plus intelligents de faire croître ton patrimoine à long terme. Mais même en tant qu'investisseur passif, il y a des moments où tu as besoin des bons outils.
3 mars 2026
Interview avec Carine Jungbluth et Ben Granjé sur VFB-FR
Carine Jungbluth siège au conseil d’administration de VFB depuis quinze ans, et elle voit aujourd’hui se réaliser un rêve : développer une structure francophone. « Ma première mission consistait à démontrer qu’il existe en Belgique francophone un intérêt pour l’investissement et la Bourse. »
3 mars 2026
Compte rendu de l'audition sur la taxe sur les plus-values
Le 14 janvier 2026, le président de la VFB, Vincent Van Dessel, et le CEO Ben Granjé ont souligné devant la Chambre les points sensibles, les occasions manquées et les conséquences imprévues de la proposition actuelle pour les investisseurs, la bourse et, l'ensemble du tissu socio-économique belge.
15 janvier 2026