22 mai 2026
De combien d’argent avez-vous besoin pour prendre votre retraite ? La règle des 4 % à la loupe
Par Toon Cuypers
Beaucoup de personnes investissent pour compléter leur pension ou pour arrêter de travailler plus tôt. Pour cela, elles utilisent souvent la célèbre règle des 4 %. Toon Cuypers, coach financier chez FIREBelgium.com, porte un regard critique sur cette règle empirique. « La règle classique des 4 % est trop limitée et peut être ajustée aussi bien à la hausse qu’à la baisse. »
La planification financière est souvent sous-estimée, alors qu’elle constitue un élément essentiel de l’investissement. Avant de commencer à investir, il est judicieux de se poser les questions suivantes : Pourquoi voulez-vous investir ? Quels sont vos objectifs financiers ? Quel est votre horizon d’investissement, autrement dit : quand souhaitez-vous atteindre vos objectifs financiers ? Et quel montant associez-vous à chacun de ces objectifs ?
Le système de pension en Belgique est sous pression ; de nombreux Belges se demandent si le système actuel sera encore viable à long terme. Aurons-nous encore une pension à l’avenir ? Et si oui, le montant sera-t-il encore le même qu’aujourd’hui ? Chez FIRE Belgium, nous accompagnons notamment nos clients dans leur planification financière, et l’on me demande régulièrement : combien faut-il investir pour sa pension ? C’est à cette question que je tente de répondre dans cet article.
L’accent est souvent mis sur la constitution du patrimoine (la phase d’accumulation), mais il est tout aussi important de réfléchir à ce que l’on fera plus tard avec le capital constitué, durant la phase de retrait.
La règle des 4 %
En 1994, William Bengen a étudié le pourcentage qu’il est possible de retirer chaque année d’un portefeuille d’investissement, sur la base de données américaines portant sur les actions et les obligations d’État à moyen terme. Son étude a abouti aux conclusions suivantes :
- Il est possible de retirer 4 % de la valeur du portefeuille durant la première année, puis d’augmenter ce montant chaque année en fonction de l’inflation, sans épuiser le portefeuille après 30 ans.
Il recommande de composer le portefeuille avec 75 % d’actions, et en tout cas pas moins de 50 %. Les actions sont en effet responsables de la plus grande partie du rendement.
En 1998, trois professeurs de l’Trinity University — Philip L. Cooley, Carl M. Hubbard et Daniel T. Walz — ont publié une autre étude : la « Trinity Study ». Celle-ci calcule une probabilité de succès pour différents taux de retrait (voir figure 1), ainsi que pour différentes allocations d’actifs et différentes durées de retrait.
Ils sont arrivés à la conclusion que, sur une période de 30 ans, un taux de retrait de 4 % fonctionnait dans 95 % des périodes historiques avec un portefeuille composé à 50 % d’actions. Autrement dit, dans 5 % des cas, le portefeuille était épuisé avant la fin des 30 ans. Avec une allocation de 75 % d’actions, le taux de réussite atteignait 98 %. Un portefeuille investi à 100 % en actions n’offrait pourtant lui aussi qu’une probabilité de succès de 95 % sur 30 ans. Davantage d’actions ne signifie donc pas nécessairement de meilleurs résultats.
Dans la Trinity Study, des obligations d’entreprise ont été utilisées à la place des obligations d’État ; c’est pourquoi les résultats diffèrent légèrement de ceux de l’étude de Bengen.
Figure 1
Exemple
Prenons un exemple simple afin de rendre cette règle empirique plus concrète. Supposons que vous souhaitiez effectuer des retraits annuels à partir d’un portefeuille d’investissement de 500.000 euros. La première année, vous retirez 4 % de ce portefeuille, soit 20.000 euros.
La deuxième année, ce montant de 20.000 euros est indexé sur l’inflation. Avec, par exemple, une inflation de 3 %, vous pouvez alors retirer 20.600 euros du portefeuille (20.000 × 1,03). L’année suivante, l’inflation redescend à 2 % et vous pouvez retirer 21.012 euros (20.600 × 1,02), et ainsi de suite.
La planification financière est une démarche personnelle, et cela vaut également pour cette règle empirique. Chaque investisseur dispose d’un portefeuille différent, d’un horizon d’investissement propre, de dépenses mensuelles spécifiques et d’objectifs patrimoniaux distincts, notamment en ce qui concerne la transmission éventuelle d’un capital à la génération suivante. Il est donc recommandé d’adapter cette règle à sa situation personnelle plutôt que de l’appliquer aveuglément.
Portefeuille international
La règle des 4 % repose sur les rendements historiques des actions et obligations américaines. Pour ma part, je suis favorable à une diversification plus large : non pas uniquement des actions et obligations américaines, mais un portefeuille réparti à l’échelle mondiale.
Wade Pfau a réalisé une simulation fondée sur des actions et obligations de différents pays, en s’appuyant sur le concept de « SAFEMAX ». Il s’agit d’une méthode permettant de calculer des taux de retrait sûrs : pour chaque période de 30 ans figurant dans les données historiques, un taux de retrait est calculé (à appliquer durant la première année), et le SAFEMAX correspond au taux de retrait le plus faible de l’ensemble de la base de données. En retenant ce taux minimal, on obtient la certitude qu’il aurait également fonctionné dans toutes les autres périodes observées. Wade Pfau est arrivé aux conclusions suivantes :
- Avec un portefeuille indiciel mondialement diversifié, le SAFEMAX s’élève à 3,5 %, soit légèrement moins que le SAFEMAX de 3,9 % obtenu pour les actions et obligations américaines.
- En revanche, avec un portefeuille composé uniquement d’actions et d’obligations belges, le SAFEMAX n’est plus que de 1,5 %.
Il est donc conseillé d’ajuster légèrement à la baisse la règle des 4 % lorsqu’elle est appliquée à un portefeuille mondialement diversifié.
Performances des investisseurs
Les études sur lesquelles repose la règle des 4 % se basent sur les rendements des indices boursiers, et non sur les rendements réellement obtenus par les investisseurs. Les études annuelles publiées par Morningstar (« Active/Passive Barometer ») et SPIVA (« Scorecards ») montrent qu’il est extrêmement difficile de surperformer les indices sur le long terme. Wade Pfau a réalisé une simulation afin de mesurer l’impact d’une sous-performance annuelle d’un point de pourcentage par rapport à l’indice. Il conclut qu’une telle sous-performance réduit le SAFEMAX de 0,47 point de pourcentage. Le taux de retrait passe ainsi de 4,03 % pour un portefeuille répliquant parfaitement l’indice à 3,56 % en cas de sous-performance annuelle de 1 point de pourcentage. L’écart moyen (« delta ») entre le taux de retrait de l’indice pur et celui basé sur une sous-performance de 1 point s’élève à 0,65 point de pourcentage.
Il n’existe donc pas de relation strictement linéaire entre une sous-performance annuelle de 1 point de pourcentage et le SAFEMAX. Une chose reste toutefois certaine : les taux de retrait diminuent en cas de sous-performance. Remarque importante : les investisseurs indiciels (passifs) ne doivent pas — ou beaucoup moins — ajuster leur taux de retrait, puisqu’ils obtiennent des rendements très proches de ceux de l’indice.
Laisser un capital en héritage ou non ?
William Bengen et les trois professeurs à l’origine de la Trinity Study partaient du principe que le capital pouvait être entièrement consommé. Mais qu’en est-il si vous souhaitez transmettre un patrimoine, par exemple à la génération suivante ? Wade Pfau a étudié cette question à travers trois scénarios et est arrivé aux conclusions suivantes :
- Consommation complète du capital : SAFEMAX de 4,03 %.
- Maintien du capital initial en valeur nominale : SAFEMAX de 3,77 %.
- Maintien du capital initial avec préservation du pouvoir d’achat : SAFEMAX de 2,72 %.
Si vous souhaitez transmettre un capital, il est donc préférable de revoir la règle des 4 % à la baisse.
Dépenses variables
Dans les études initiales sur la règle des 4 %, les chercheurs supposaient qu’un retraité conservait le même niveau de dépenses chaque année. Or, dans la réalité, ce n’est généralement pas le cas.
Michael Stein et David Blanchett ont, chacun de leur côté, étudié le profil de dépenses des retraités américains et sont arrivés à des résultats très similaires. David Blanchett illustre ce phénomène à travers le concept du « Retirement Smile » (voir figure 2).
Figure 2
Au début de la retraite, entre 65 et 75 ans, les dépenses sont les plus élevées. Les retraités disposent alors de temps libre et, le plus souvent, d’une bonne santé leur permettant de profiter de loisirs tels que les voyages et les restaurants. À partir de 75 ans, l’état de santé peut commencer à se dégrader, ce qui entraîne généralement une diminution de ces dépenses. Plus tard, à partir de 85 ans, les dépenses augmentent à nouveau, notamment en raison de coûts médicaux plus élevés. Il ne s’agit pas d’une science exacte, mais cela donne une idée de l’évolution des dépenses au fil de la retraite.
Wade Pfau a également étudié cette question et constate que le SAFEMAX peut être relevé de 4,03 % pour des dépenses fixes à 4,73 % pour des dépenses variables basées sur le concept du « Retirement Smile ».
Horizon de planification
Le public cible pour lequel William Bengen et les trois professeurs ont développé leurs études était constitué de retraités âgés de 65 ans ; c’est pourquoi ils ont retenu un horizon de 30 ans comme référence. Pour un retraité belge (pré)retraité, cet horizon de retrait peut toutefois être plus court ou plus long que 30 ans.
Sur la base de l’espérance de vie, il est possible d’estimer pendant combien de temps un portefeuille pourra être utilisé pour effectuer des retraits.
Les chiffres les plus récents de Statbel montrent que 36 % des femmes et 22,5 % des hommes atteignent l’âge de 90 ans. Par ailleurs, 14 % des femmes atteignent même 95 ans (contre 7 % des hommes). Si vous commencez à effectuer des retraits à partir de 65 ans, vous pouvez par exemple retenir un horizon de retrait de 30 ans, même s’il subsiste une probabilité de vivre au-delà de cet âge. Wade Pfau a également mené des recherches afin de répondre à cette question (voir figure 3).
Pour des périodes inférieures à 30 ans, il est possible d’augmenter le taux de retrait initial : 8 % pour 10 ans, 6 % pour 15 ans et 5 % pour 20 ans. En revanche, pour des périodes plus longues, il est préférable de revoir ce pourcentage à la baisse, par exemple à 3,7 % pour un horizon de 40 ans.
Conclusion
La règle empirique classique des 4 % est trop restrictive et peut être ajustée tant à la hausse qu’à la baisse. Plusieurs facteurs influencent cet ajustement. Les principaux sont : la diversification internationale du portefeuille, la performance par rapport à l’indice de référence, la volonté — ou non — de transmettre un capital, le caractère fixe ou variable des dépenses, ainsi que l’horizon de planification.
Revenons à la question : « Combien dois-je investir pour ma retraite ? »
La réponse dépend du montant que vous souhaitez retirer au cours de la première année (montant ensuite indexé annuellement sur l’inflation) ainsi que du taux de retrait retenu :
- 3% : montant x 33,3
- 3,5% : montant x 28,5
- 4% : montant x 25
- 5% : montant x 20
Remarque : les analyses de Wade Pfau mentionnées dans cet article sont basées sur un portefeuille composé de 50 % d’actions et de 50 % d’obligations, sur une période de 30 ans.
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