3 mars 2026

Quand la fiscalité modifie le rythme du marché

Par Benoît van den Hove, CEO d’Euronext Brussels

Ces dernières semaines, j’ai observé un comportement qui ne me surprend pas vraiment, mais qui invite à la réflexion. Depuis l’introduction de la taxe sur les plus-values en janvier, de plus en plus d’investisseurs particuliers adaptent leur stratégie. Cela ressort de nombreux articles de presse, mais aussi de discussions avec des acteurs du marché. Les actions individuelles cèdent la place aux fonds et aux ETF, non par conviction, mais par pragmatisme. Pourtant, un angle reste étonnamment peu abordé : l’impact de ce changement de comportement sur les PME cotées en bourse.

Le mouvement observé chez les investisseurs est compréhensible. Les fonds et les ETF offrent une certaine échelle et semblent, du moins à première vue, plus simples sur le plan administratif. La complexité de la taxe sur les plus-values, avec ses calculs, exonérations et obligations déclaratives, joue un rôle évident. La fiscalité influence les comportements, et cela a toujours été le cas.

Ce qui est moins visible, ce sont les conséquences de ce glissement au niveau du marché. En effet, le rôle de l’investisseur particulier n’est pas le même partout. Dans les grandes valeurs très liquides, les transactions de particuliers représentent une part marginale du volume. Mais pour les petites et moyennes entreprises cotées, la situation est fondamentalement différente. Dans ce segment, les transactions des investisseurs particuliers constituent souvent une part significative du volume quotidien et contribuent directement à la liquidité et à la formation des prix.

Lorsque cette activité se déplace des actions individuelles vers des produits plus larges, le rythme de ce segment de marché change. Pas de manière brutale, mais structurelle. Moins de transactions entraînent une baisse de la négociabilité, des écarts de prix plus importants et une sensibilité accrue aux chocs. Pour les petites entreprises cotées, qui opèrent déjà avec une base de liquidité plus limitée, ce n’est pas un détail.

Le fait que ces entreprises soient moins souvent reprises dans l’univers des fonds n’a rien d’un hasard. Les grands investisseurs institutionnels hésitent davantage à investir dans des sociétés à faible liquidité. C’est précisément pour cette raison que vous, en tant qu’investisseur particulier, êtes si important. Votre rôle dépasse celui de simple apporteur de capital : vous contribuez à la liquidité des PME et constituez ainsi l’oxygène de notre activité boursière quotidienne.

Le glissement actuel du comportement des investisseurs est donc plus qu’un simple choix de portefeuille individuel. Il possède une dimension collective, car règles et marchés s’influencent en permanence. Ce qui est administrativement logique au niveau micro peut produire d’autres effets au niveau macro.

En tant qu’infrastructure boursière, nous suivons de près ces évolutions et constatons aujourd’hui l’impact de l’introduction de la taxe sur les plus-values. Cela nous rappelle à quel point les structures de marché sont sensibles aux incitations, et combien il est important de ne pas se limiter à l’intention des règles, mais aussi d’en analyser les effets concrets dans la pratique quotidienne des investisseurs et des entreprises.


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